31/08/2010

31/08/10 - 21:11

Le temps liquide tout. L'odeur en premier, puis les intonations de la voix, le sourire et peu à peu les traits du visage. Je sais encore qui avait la peau douce et qui ne l'avait pas. Mais quel en était le goût, de ces peaux ? Je suis tombé hier sur de vieux billets de cinéma, datant d'une certaine année, déjà bien lointaine. J'ai gardé tous les tickets des films que nous sommes allés voir, puis tous ceux des films que j'ai vus dans les mois qui ont suivi. Ceux-là, barrés d'un trait : j'y suis allé, mais sans toi. Et aujourd'hui, je ne sais plus quel est le premier film que nous avons vu ensemble, ni après quel film nous nous sommes décidés. Ce qui fait mal, ce n'est pas que tout soit mort et enterré ; d'une certaine façon, c'est la marche du monde ; ce qui fait mal, c'est que le passé lui-même s'efface.



20/08/2010

20/08/10 - 03:50

Qui aurait dit qu'un jour je marchanderais - en russe - des sous-vêtements sous un ancien hangar à zeppelins ? Tout arrive. Un boxer moulant pour environ 4 euros, avec la mention "Pirate inside" judicieusement placée, ça valait le coup.

Un peu trop vieux pour être escort. Et ce n'est pas son fils. C'est à l'atterrissage, quand elle pose sa main sur sa cuisse, très haut sur sa cuisse, que je comprends. Mamie et son cougar.

Moi aussi, je surprends, mais j'ignore pourquoi. Il lui glisse quelques mots à l'oreille, très bas, en me regardant. Elle me dévisage : "non, tu crois ?"

08/08/2010

08/08/10 - 02:55

Croisé dans le métro, la même semaine, un ex (presque beau), l'ex d'un ex (beau) et LE mec (très beau). Vous me direz quelle était la probabilité. A nous quatre, nous formons une gradation magistrale du moche au sublime.

Il y a des moments, rares et pourtant bien réels, où un "non" peut se tranformer en un "oui", un "peut-être" en un "s'il te plaît". Il y a des moments où les flux peuvent s'inverser. Mais le moyen de saisir le kairos quand on ne devine pas encore l'autre ? Puisqu'on ne me permet pas d'aimer, je voyage.

Liste des "priorités" du jour - car je fais des listes : parents ; lessives ; appeler M ; chaudière ; papier peint ; dossier * ; passer chez Merci ; annuler Moscou-Riga ; tripadvisor ; courir ; gym ; réclamation expedia. Qu'ai-je fait de tout ça ? Je suis allé acheter de l'encens et des cahiers chez Muji, avenue des Ternes (il n'y a pas plus déprimant que l'avenue des Ternes, qui porte bien son nom), j'ai zoné à la FNAC, j'ai fait la sieste, j'ai acheté du jus d'orange, puis j'ai passé la soirée sur MSN. Pour rien.

22/07/2010

22/07/10 - 23:06

- Tu vas visiter Auschwitz ? Mais ça va être horriiiiiiiible".
- J'espère bien.

Comme le disait si bien Thomas Bernhard, "le froid augmente avec la clarté" (Mes prix littéraires).

14/07/2010

14/07/10 - 05:09

Cinq appels émis aujourd'hui, selon le journal de mon portable, mais aucun souvenir passé 13 heures, aucune idée précise de ce que j'ai pu raconter. Jusqu'à présent, cela ne m'arrivait qu'après l'ingestion de somnifères. Etrange constat : l'absence de repos produit les mêmes effets que les adjuvants du sommeil.

Cinq fois également, je suis allé chez le médecin depuis le début du mois. Lors de la dernière consultation, nous avons causé de théologie pendant trois quarts d'heure, après avoir éliminé en quelques minutes l'hypothèse d'un cancer du genou. Bonne nouvelle et bonne affaire : ce protestant me revient moins cher qu'un psychanalyste juif.

Je n'ai pas trouvé cinq personnes qui comprennent ce goût, chez moi, de me carapater en Suisse. Lausanne, Vevey, Berne, Fribourg le mois dernier ; Bâle et Schaffhausen ce week-end prolongé ; Interlaken, Lugano et Locarno en août. Les gens ne comprennent pas le charme de la Suisse, ils n'imaginent pas ses richesses culturelles, ils ignorent la beauté de ses lacs, de ses prés, de ses monts, de ses villes. Tant mieux. Serait-elle, sinon, un sanctuaire ?

11/07/2010

11/07/10 - 22:24

"Monsieur, monsieur, monsieur, on est arrivééééé. Réveillez-vous, s'il vous plaît." Si je pouvais dormir aussi bien dans un lit que dans un train...

08/07/2010

08/07/10 - 00:13

Scoop toujours

Eric W. aurait croisé Bernard Madoff dans les chiottes du World Trade Center en 1995 ; il aurait, en outre, bu une coupette de champagne avec Lady Di trois ans avant sa disparition. Peut-on nous expliquer pourquoi le parquet ne fait rien ?

05/07/2010

05/07/10 - 23:46

"Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir quoiqu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue comme dans le cœur de la victime. Il pervertit l’opinion, car depuis que s’est propagée, chez nous, la presse de scandale, vous sentez se développer dans l’opinion un goût du scandale. Tous les traits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler, en dépit de l’absurdité parfois criante. On écoute et on répète sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien près à la médisance, que la médisance touche de bien près à la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice involontaire du calomniateur."

C'est beau - et c'est normal que ce soit beau comme l'antique, c'est Léon Blum prononçant l'oraison funèbre de Roger Salengro. Vous savez, ce ministre du Front populaire poussé au suicide par les accusations mensongères d'une certaine presse. François Mitterrand, qui s'y connaissait en fascisme, lui aussi, bien que d'une autre manière, appelait ça "livrer aux chiens l'honneur d'un homme". Alors, pardonnez-moi, je sais bien qu'il n'y a pas mort d'homme, mais j'aimerais avoir le commencement du début d'une preuve dans l'affaire Beurk. Déversez toute votre bile sur les riches et sur les puissants, qui peuvent pousser l'incivisme jusqu'à payer 400 millions d'euros au titre de l'impôt sur le revenu en dix ans, mais n'accusez pas sans preuve, nom d'un chien.

23/06/2010

19/06/2010

19/06/10 - 00:22

Les cigares du ministre Tilili, les comptes en Suisse de Mme Schmürz, il y a de quoi vomir. On peut faire confiance une certaine presse pour attiser la haine et pour préparer les 6 février 34.

J'ajouterais volontiers que Mme Schmürz, dont la mise et la coiffure me font tant penser à ma défunte grand-mère, a bien raison d'avoir des comptes en Suisse - et ce n'est pas par goût de choquer. Quand on vit en France, il me semble que c'est un droit naturel et imprescriptible.

03/06/2010

03/06/10 - 02:43

Florilège du jour

1. "Tu ferais mieux d'aller nager au Racing. Tu verrais le 3 pièces cuisine de Villepin.
- Hé ?
- Oui, il se promène tout nu.
- Vous comprenez quelque chose ? Vous avez déjà entendu cette expression ?
- J'imagine qu'elle veut dire : son service trois pièces.


2. "Can I help ?
- Oui. On parle français ? Heu. Vous avez des bonnets de bain ?
- (...) (...) (difficile à rendre : c'était probablement du morse avec les yeux). Allez voir au rayon papeterie."

3."Oui, tu as raison, c'est sympa la piscine. Avant l'heure où les trentenaires acharnés de minceur se cassent du bureau." Agréable à entendre.

4. "Moi, j'ai fait construire une piscine dans mon garage. Comme ça, je peux aller me baigner à poil."

23/05/2010

23/05/10 - 23:54

Dimanche ironique : avant d'aller voir Copie conforme, acheté deux fauteuils XVIIIe identiques - à ceci près que l'un est d'époque et l'autre une copie très postérieure. Cela me plaît d'autant plus que j'ai l'impression d'être une version dégradée de moi-même en ce moment.

22/05/2010

22/05/10 - 02:17

1. La seule façon d'assumer l'absurdité de sa vie consiste à s'en délecter. C'est comme ça qu'on devient anglais. Je me régale.

2. Finalement, je crois que je vais faire une croisière sur la Tamise cet été. Ce sera plus simple, plus adapté aussi.


16/05/2010

16/05/10 - 21:00

Journée de merde. Mois de merde, vie de merde. Alors, journée de merde, au moins c'est logique.

11/05/2010

11/05/10 - 23:55

1. Je me demande, de temps en temps, pourquoi je ne discute pas plus librement avec ma mère. Pourquoi je me corsète en sa présence. J'essaie alors d'être plus ouvert. Et à chaque fois, je me rappelle brutalement pourquoi. Bang !

2. M, à qui je me suis empressé de tout raconter : "on dirait un dialogue de théâtre". Dommage que ce soit une pièce de boulevard.

3. J'ai beau fouiller dans ma mémoire, je crois que je n'ai jamais vu plus beau garçon que ce serveur blond au café du Bon marché. Han. Est-ce que les dramaturges, là-haut, pourraient étoffer son rôle ?

04/05/2010

04/05/10 - 00:45

Endormi à 3 heures du matin, puis réveillé à 5, avec l'envie furieuse d'écrire une lettre que je n'enverrai pas. Je l'ai tellement repassée, j'ai tellement écrasé les mots les uns contre les autres que le résultat me fait penser aux deux personnages aplatis par des chars dans ce bouquin de Malaparte, la Peau : l'un finit décollé au cutter et accroché comme drapeau au bout d'une lance ; l'autre est veillé par de parfaits inconnus qui versent de l'eau sur sa dépouille dans l'espoir qu'elle regonfle un peu, façon éponge. J'ignore si je suis le char ou le mort dans l'histoire, mais quand on en arrive là, se taire n'est peut-être pas une mauvaise idée, finalement.

Vers 7 heures, lu les Bonnes de Genet, pour me calmer et me rendormir, avant l'arrivée de ma propre femme de ménage.

Hier, c'était la pluie. Et j'ai eu 101 ans.

01/05/2010

01/05/10 - 00:25

Je tombe, comme par hasard, sur un volume de Boulgakov offert par M* pour mon anniversaire, le 2 mai 2000. M* qui me disait quelques mois plus tôt, alors que je venais d'intégrer l'Ecole : "tu vas maintenant avoir le temps de devenir un mec génial". Dix ans plus tard, je n'ai pas fait de ma vie une fête baroque, un feu d'artifice de l'esprit. Je ne comprends toujours pas ce qui me manque. Il faudrait que je me réveille.

27/04/2010

27/04/10 - 00:44

1. La vérité étant trop commune pour qu'on puisse s'en contenter, je me demande comment expliquer à mes collègues la présence de ces cannes anglaises - il paraît qu'on ne dit plus "béquilles" depuis la guerre de 14-18.

- J'ai fait une mauvaise chute de cheval ? Trop snob.
- J'ai trébuché dans l'escalier de la cave ? Trop pochtron.
- J'ai glissé sur un macaron ? Trop Jean Rochefort.
- J'ai ripé sur des papiers cadeaux ? Trop quelqu'un que j'ai connu.
- J'ai dérapé sur du crisco dans une backroom ? Trop long à expliquer.

Non, vraiment, je ne sais pas. Des idées ?

2. Quand on est un garçon organisé, on fait ses courses avant de se défoncer la cheville. J'ai au moins la satisfaction d'avoir un frigo plein à craquer.

3. Entendu cette phrase merveilleuse en écoutant, bien malgré moi, par le trou d'une serrure : "j'ai appris à surmonter l'émotion dans le dialogue". Plus merveilleux encore, l'enchaînement : "est-ce qu'on peut se tutoyer ?"

25/04/2010

25/04/10 - 04:13

1. Deux heures de délices chez Elbé. Cela fait des mois que je passe devant cette librairie sans jamais m'arrêter, retenant mon plaisir. Pendant que j'écume les cartons de gravures, des dingues défilent ; des Américains aussi, qui poussent des petits cris et s'interrogent gravement. En réalité, c'est moi qui étonne le propriétaire des lieux. "Vous êtes historien ? Non ? Je vous ai observé, vous pourriez l'être. Vous êtes collectionneur alors ?" Par vice, je fais établir une facture sous un faux nom.

2. Vu l'amant de S. et le mec de G (*). Pourquoi les gens vraiment beaux acceptent-ils de sortir avec des mochetés ? Est-on moins sensible au visage d'autrui quand on a soi-même des traits nonpareils ? Les gens à la beauté ordinaire, fade, normée, régulière, forment souvent des couples bien assortis ; pas ceux dont la beauté me renverse.

(*) Initiales fictives.

18/04/2010

18/04/10 - 01:56

Tu te dis que "voilà, ça y est" quand :

- tes amis ont acheté à Versailles et au Vésinet ; tu te jures de ne plus jamais traverser le périphérique pour aller dîner, mais tu continues à te faire avoir ; il faut dire que tu n'as pas tant d'amis que ça ;

- tu comprends que la finalité de tes études était de pouvoir demander à un trader s'il est plutôt chartiste ou fondamentaliste ; c'était ça ou : "ce sont vraiment des Berluti que tu portes ?" puis : "tu les exposes au clair de lune, comme certains ?" ; enfin, pour être franc, tu as aussi posé ces questions-là ; c'était ça ou la mort cérébrale ;

- tu rentres à une heure du matin, un samedi soir, après avoir mangé du risotto aux asperges ; il y a une grosse fête dans l'immeuble adjacent et tes voisins d'en face (d'ailleurs tu ne dis jamais : "les voisins d'en face", mais les "pauvres") sont encore à table ; toi, tu files dans ton bain et tu espères ensuite dormir.