15/09/2011

15/09/11 - 06:55

J’aimerais qu’on m’explique comment ces gens pourraient ne pas être des fascistes, au moins en puissance. Fascistes dans certaines circonstances, mais fascistes tout de même. Comment tromper son monde quand on a tant de haine logée au fond du cerveau, tant de hargne au coin des lèvres ? D’ailleurs, ils n’en font pas mystère.

Et puis, cet homme… Un ami se récriait : « Mais comment ? Comment un tel haut fonctionnaire peut-il se tenir ainsi ? ». A-t-on oublié comment s’est tenue la grande masse – la troupe – du corps préfectoral, des membres du Conseil d’Etat et des hauts magistrats de l’ordre judiciaire ? Ces lois et ces ordres qu’ils ont appliqués, avec ou sans zèle, ces arrêts et ces avis scélérats qu’ils ont longuement polis en se caressant les poils de la barbe, ces réquisitoires criminels qu’ils ont prononcés, le verbe haut ou sans en rajouter, ont-ils disparu comme par magie, sous le grand képi du grand Général ?

Et croyez bien que je m’y connais en ignominie. Pendant que ma grand-mère – Volksdeutsch certes, mais en quelle langue et aux yeux de qui cela vous excuse-t-il ? – servait d’interprète à la Kommandantur, sans doute par dilection pour la langue allemande, mon grand-père faisait le tri, pour le compte de l’Armée rouge, entre les prisonniers allemands qui parlaient trois mots de français et les Alsaciens-Lorrains, « enrôlés de force » comme on dit. Combien d'Allemands a-t-il désignés à une mort certaine, pour quelques "malgré-nous" ramenés à la Mère-patrie ? Le même homme est allé exercer ses talents, avec un habit d’officier différent, en Indochine puis dans cette Algérie qu’on disait « française ».

Ce sont eux qui m’ont servi de modèles dans la vie, et non mes parents, avant qu’un semblant de raison ne me vienne. Elle m'apprenait ses chers poèmes et Lieder, tandis qu’il faisait mine de somnoler dans un fauteuil, comptant et recomptant peut-être des visages ou des corps de torturés. Surtout ne pas le déranger. Je sais qu’il a hurlé pendant de longues années en dormant. Au moins avait-t-il une âme. L’a-t-il gardée ? A quels moments arrive-t-il qu’on l’égare ? Peu importe : l’ennui est qu’avoir une âme ne sert visiblement à rien.

07/06/2009