01/02/2010

01/02/10 - 01:18

J'avais rédigé de longues considérations sobrement intitulées - avec toute la modestie et la mesure que l'on connaît - Vorwärts. Je vous en dispense volontiers.

25/01/2010

25/01/10 - 23:16

Paranoïa ordinaire

"Merci de m'avoir répondu, mais je doute fort que tu sois réellement M*. Tu n'as utilisé aucun de tes anciens codes, tu n'as pas glissé un seul mot en italien dans ces quelques phrases que tu m'envoies, tu n'as employé aucune de ces interjections absurdement drôles dont tu parsemais jadis ta correspondance. Tu ne m'as pas engueulé comme tu le faisais si gentiment dès que je t'en donnais l'occasion. Tu n'aurais jamais terminé une missive par ce fadissime et hypocrite "à bientôt j'espère", si indigne de ta plume. Et surtout, tu n'aurais jamais créé ce compte facebook par le truchement duquel je tente de renouer les liens.

Si c'est bien toi, si tu es M* et non quelque homonyme à la recherche de ce curieux et triste divertissement qui consiste à se faire passer pour autrui, pourquoi n'évoques-tu pas, dans ta réponse, une de ces anecdotes que nous sommes les seuls à connaître, comme je l'ai fait en m'adressant à toi ? Pourquoi me poser, pour relancer la balle, une question "personnelle" qu'un simple google a pu te suggérer ? Pourquoi rester aussi vague ? Si tu n'as pas réellement envie de me parler, pourquoi ne pas ignorer tout simplement le message que je t'ai envoyé ?

Si tu es bien M*, je pense que tu pardonneras aisément cet accès de dinguerie qui ne te paraîtra pas inhabituel de ma part, mais je te prie tout de même de bien vouloir m'en excuser. Tu vois que je n'ai pas changé. Je t'embrasse et j'attends de tes nouvelles".



23/11/2009

23/11/09 - 01:18

Il a suffi que je remonte une certaine pendulette, aujourd'hui à l'abri dans la pièce qui me sert de bureau, pour me croire immédiatement transporté dans une petite ville de province où je ne vais plus guère et où il m'est arrivé de coucher à l'hôtel pour éviter de m'installer chez mes parents. Il va de soi, enfin cela irait de soi si vous me connaissiez, que je n'ai pas traîné très longtemps dans le bureau et que j'en ai vite refermé la porte, priant pour que le mécanisme s'arrête au plus vite.

Dans la chambre, un secrétaire en bois et une chaise qui conservent - bien mystérieusement - l'odeur si caractéristique de la petite pièce où je dormais chez mes grands-parents quand mon père était à Londres - j'ai très envie d'ajouter "pendant le Blitz", mais ce serait pousser la coquetterie très loin et l'on me prendrait sans doute pour un mythomane, bien que, d'une certaine façon, toute personne ayant vécu dans l'intimité de ma mère ait certainement, par cette seule expérience, une idée assez juste de ce qu'a été le Blitz ; au salon, une table basse en marqueterie qui supportait autrefois un grand plateau berbère en cuivre ; dans la salle à manger, posé sur le buffet, un service à thé qui valait la vie d'un homme.

26/06/2009

26/06/09 - 23:34

C'est une impression étrange de se sentir mort comme peut l'être un poulet à la tête tranchée. Comme il est curieux de regarder tout ça - mon corps, ma vie, les gens qui grouillent autour, les meubles, les papiers, tous ces livres - avec cette impression d'être allé au-delà du temps qui m'était alloué. Je me sens plus froid, plus sensible et plus extérieur à moi-même que jamais.

Ces instants n'ont pas de sens, bien qu'ils vibrent encore. Ils sont là, et c'est tout, comme s'il fallait du temps avant que le mouvement s'arrête. Je passe quelques coups de fil pour faire avancer des dossiers dont je suis certain de ne pas connaître l'issue, je me rends au bureau pour m'asseoir au loin de tous, un petit verre d'eau à la main. Je suis allé adresser quelques sourires, regarder une dentition curieusement de travers, et puis contempler la place où je m'assieds d'ordinaire, comme si c'était moi que je venais saluer.

25/06/2009

25/06/09 - 23:44

1.

2.

3. Je ne souhaiterais pas mes migraines à mon pire ennemi. Mais la vérité, c'est que je ne me connais pas - ou plus - d'ennemis, ce qui est un peu triste. Tout ce que je sais, c'est que je fais la fortune des pharmaciens de mon quartier.

4. Non, vous ne rêvez pas, il n'y a pas de points 1 et 2.

5. Je me relis en essayant de trouver au moins un passage bien écrit dans ces dix-sept pages, que j'ai passé dix-huit heures non stop à rédiger - je ne pouvais pas en avoir une de plus. Décidément, tout est à mettre à la poubelle, la seule consolation est que mon nom ne figure nulle part.

07/06/2009

07/06/09 - 22:32

Il y a des gens qui ont excessivement peur des mots, qui sont incapables de nommer et de s’aventurer dans un échange, et il y en a d’autres qui ne les craignent pas assez. Ma mère entre clairement dans cette dernière catégorie. J’ai parfois l’impression, du moins au téléphone, qu’elle ne cherche pas à mesurer l’effet que produiront ses paroles ; elle s’exprime et voilà tout, ce qui ne facilite ni les confidences, ni la conversation : lui parler, ce n'est pas seulement se découvrir, cela revient à s’exposer.

De cet après-midi passé dans les environs de Rambouillet, je ne peux pas dire grand-chose. J’ai sans doute trop peur des mots, sauf lorsque j’écris des lettres dont le contenu m’échappe quelques heures plus tard, une fois passé l’effet de mes comprimés. Tout ce que j’en sais, c’est que je les relis très attentivement, pour éviter les fautes de grammaire et d’orthographe, et surtout pour vérifier que je ne suis pas allé au-delà de ma pensée. Pensée que j'oublie aussitôt, je me répète.

De cet après-midi, je retiendrai un moment à part, sans lien avec le reste. Au lieu d’attendre ma voiture sous la pluie, je suis entré m’abriter dans un café où je n’avais strictement rien à faire. Pas de livre, pas de coup de fil à passer ; ma seule source de distraction consistait à observer les autochtones : un serveur aux bacchantes sorties d'une autre époque ; deux types d’aspect pitoyable, faussement occupés à regarder le tennis à la télé, une bière à la main, l’un derrière une table, l’autre au zinc, à côté de moi ; et puis, au fond de la pièce, derrière l’écran plat, deux garçons plutôt mignons, très affairés autour d'un baby foot.

Rien de bien particulier, non vraiment, sauf cette pensée incongrue et finalement peu rassurante : j'aurais bien aimé être ce garçon de dix-huit ans en pull rouge, mais pas sûr. Ce qui permet de tenir, c'est de savoir qu'on ne peut pas échanger sa vie et que l'on n'y gagnerait pas forcément, si c'était possible. Ou bien peut-être que c'est autre chose, en réalité : peut-être que je devrais prendre plus souvent le train, pour avoir cette impression d'être seulement de passage.