26/06/2009

26/06/09 - 23:34

C'est une impression étrange de se sentir mort comme peut l'être un poulet à la tête tranchée. Comme il est curieux de regarder tout ça - mon corps, ma vie, les gens qui grouillent autour, les meubles, les papiers, tous ces livres - avec cette impression d'être allé au-delà du temps qui m'était alloué. Je me sens plus froid, plus sensible et plus extérieur à moi-même que jamais.

Ces instants n'ont pas de sens, bien qu'ils vibrent encore. Ils sont là, et c'est tout, comme s'il fallait du temps avant que le mouvement s'arrête. Je passe quelques coups de fil pour faire avancer des dossiers dont je suis certain de ne pas connaître l'issue, je me rends au bureau pour m'asseoir au loin de tous, un petit verre d'eau à la main. Je suis allé adresser quelques sourires, regarder une dentition curieusement de travers, et puis contempler la place où je m'assieds d'ordinaire, comme si c'était moi que je venais saluer.

25/06/2009

25/06/09 - 23:44

1.

2.

3. Je ne souhaiterais pas mes migraines à mon pire ennemi. Mais la vérité, c'est que je ne me connais pas - ou plus - d'ennemis, ce qui est un peu triste. Tout ce que je sais, c'est que je fais la fortune des pharmaciens de mon quartier.

4. Non, vous ne rêvez pas, il n'y a pas de points 1 et 2.

5. Je me relis en essayant de trouver au moins un passage bien écrit dans ces dix-sept pages, que j'ai passé dix-huit heures non stop à rédiger - je ne pouvais pas en avoir une de plus. Décidément, tout est à mettre à la poubelle, la seule consolation est que mon nom ne figure nulle part.

07/06/2009

07/06/09 - 22:32

Il y a des gens qui ont excessivement peur des mots, qui sont incapables de nommer et de s’aventurer dans un échange, et il y en a d’autres qui ne les craignent pas assez. Ma mère entre clairement dans cette dernière catégorie. J’ai parfois l’impression, du moins au téléphone, qu’elle ne cherche pas à mesurer l’effet que produiront ses paroles ; elle s’exprime et voilà tout, ce qui ne facilite ni les confidences, ni la conversation : lui parler, c’est ne pas seulement se découvrir, cela revient à s’exposer.

De cet après-midi passé dans les environs de Rambouillet, je ne peux pas dire grand-chose. J’ai sans doute trop peur des mots, sauf lorsque j’écris des lettres dont le contenu m’échappe quelques heures plus tard, une fois passé l’effet de mes comprimés. Tout ce que j’en sais, c’est que je les relis très attentivement, pour éviter les fautes de grammaire et d’orthographe, et surtout pour vérifier que je ne suis pas allé au-delà de ma pensée. Pensée que j'oublie aussitôt.

De cet après-midi, je retiens un moment à part, sans lien avec le reste. Au lieu d’attendre ma voiture sous la pluie, je suis entré m’abriter dans un café où je n’avais strictement rien à faire. Pas de livre, pas de coup de fil à passer ; ma seule source de distraction consistait à observer les autochtones : un serveur aux bacchantes sorties d'une autre époque ; deux types d’aspect pitoyable, faussement occupés à regarder le tennis à la télé, une bière à la main, l’un derrière une table, l’autre au zinc, à côté de moi ; et puis, au fond de la pièce, derrière l’écran plat, deux garçons plutôt mignons, très affairés autour d'un baby foot.

Rien de bien particulier, non vraiment, sauf cette pensée incongrue et finalement peu rassurante : j'aurais bien aimé être ce garçon de dix-huit ans en pull rouge, mais pas sûr. Ce qui permet de tenir, c'est de savoir qu'on ne peut pas échanger sa vie et que l'on n'y gagnerait pas forcément, si c'était possible. Ou bien peut-être que c'est autre chose, en réalité : peut-être que je devrais prendre plus souvent le train, pour avoir cette impression d'être seulement de passage.